GR58, un intense Tour du Queyras

Equipe : avec Manon (son récit : http://mountrail.fr/le-tour-du-queyras-en-35-heures-la-premiere-journee/)

Circuit : Tour du Queyras par le GR58, depuis Brunissard, dans le sens horaire

Dates : Les vendredi 27 et samedi 28 septembre 2019

Matériel : Un sac de randonnée chacun contenant tout le nécessaire (vêtements, couchage, eau, alimentation… Manon en liste dans son récit tout le contenu, pour environ 10kg chacun) et des bâtons de trail.

Activité : https://www.strava.com/activities/2746521524

Objectif : Admirer le Queyras, et si possible boucler le GR en 30-40h, repos inclus

Présentation et préparation

Au cœur de deux semaines passées avec Manon à parcourir les Alpes dans son van, nous nous sommes lancés dans une grande balade : le tour du Queyras, en suivant l’itinéraire du GR58.

Une envie simple avait progressivement pris forme quelques mois auparavant : tenter une randonnée d’environ 100km et 6000m de dénivelé positif en une trentaine d’heures (en comptant quelques heures pour dormir). Nous avions un temps envisagé deux autres circuits balisés GR, le tour du Beaufortain et le tour du mont Thabor. Le Beaufortain étant déjà bien connu de Manon, le Thabor un peu trop inconnu dans sa partie italienne (nous n’avions notamment pas les cartes adaptées), le Queyras était le lieu parfait pour se lancer : une distance et un dénivelé adaptés (110km et 7500m+ annoncés), plusieurs traversées de route en cas de problème (notamment sur la fin du circuit que nous envisagions), et surtout une découverte complète du parcours.

Ayant déjà parcouru de nombreux kilomètres en rando / rando-course avec Manon ces dix derniers jours (Beaufortain, Bessans, Modane, Névache…) nous sommes en pleine forme, et pour ma part bien acclimaté à l’altitude. Nous avons quelques jours auparavant pris soin de randonner avec nos gros sacs sur le dos, et vérifié qu’ils nous allaient (toujours) bien.

La veille, nous avons fait une belle sortie à proximité du mont Thabor, sans le voir malheureusement en raison des nuages bas. Pour le Queyras en revanche, le temps est prévu au beau fixe sur les deux journées, dans la vallée et sur toutes les hauteurs – simplement un peu de vent attendu en certains endroits.

Après avoir passé l’Izoard depuis Briançon, nous sommes arrivés avec le van le 26 à Brunissard. Nous avons un grand parking pour nous seuls, la nuit sera donc bien calme. L’objectif étant de partir vers six heures du matin, nous réglons le réveil sur cinq heures, afin de prendre le temps d’un bon petit déjeuner.

Nous avons abordé ce GR58 à Brunissard, dans le sens horaire, et l’avons suivi tout du long (sans emprunter ses multiples variantes). Ce chemin est très bien décrit sur le site gr-infos https://www.gr-infos.com/gr58.htm dont le profil altimétrique nous a été très précieux, accompagné du topo de ce tour du Queyras (https://boutique.ffrandonnee.fr/topo-guide-tour-du-queyras-parc-naturel-regional-du-queyras), et des cartes IGN des chemins empruntés.

Premiers cols : de Brunissard aux Fonts de Cervières

Nous attaquons à l’heure prévue dans l’obscurité. Pour ma part, les premiers mètres sont assez douloureux, les températures à 6 heures du matin étant relativement basses, d’autant que nous avons eu droit à beaucoup de soleil ces derniers temps : l’adaptation est un peu rude. Nous parcourons un premier kilomètre sur route pour atteindre le tracé du GR (au niveau de la D902 qui traverse Brunissard), puis nous engageons sur un chemin en forêt dont le pourcentage augmente rapidement. Brunissard est à 1800m d’altitude, nous allons grimper de 550m en environ 3,5km jusqu’au col du Tronchet. Nous nous réchauffons rapidement et commençons à enlever quelques épaisseurs, puis l’aube arrive doucement, nous découvrant le long des pentes finales de ce col un premier aperçu des hauteurs surplombant notre point de départ.

Premières images de l’aube
Premières images de l’aube

Bien vite les sensations de chacun sont très bonnes, les premiers paysages nous émerveillent, la lumière et la chaleur arrivant nous motivent encore davantage : tout est réuni pour continuer encore quelques kilomètres !

Dernière vue sur Brunissard avant d’attaquer pour de bon ce grand tour. Avec de bons yeux (et l’image en qualité originale), on voit le van !
Dernière vue sur Brunissard avant d’attaquer pour de bon ce grand tour. Avec de bons yeux (et l’image en qualité originale), on voit le van !

Le chemin descend ensuite vers le petit village de Souliers (en 3km, 500m- de descente), majoritairement en forêt. Les clarines des pâturages alentour enjolivent cette descente, alors que le soleil se lève progressivement pour achever de nous réchauffer, et promettre une magnifique journée. Nous nous amusons un peu à repérer les vaches Abondance et Tarine (les préférées de Manon) cachées dans la forêt, et croisons un spécimen assez massif d’une autre race, d’un gabarit que je ne crois pas avoir déjà vu (d’une teinte claire, peut-être s’agissait-il d’une Gasconne).

Nous commençons à croiser quelques âmes, des agriculteurs et éleveurs le long du sentier puis quelques habitants du village, l’un d’entre eux ravi d’encourager des randonneurs en route de bon matin.

S’annonce ensuite une deuxième montée, en direction du col de Péas, passage permettant de rejoindre les Fonts de Cervières, point le plus septentrional de notre tour.

En direction du col de Péas
En direction du col de Péas

Cette montée est très agréable : ouverte et plutôt rectiligne, elle nous invite à profiter tout du long de l’ensoleillement et des montagnes. Nous adoptons un bon rythme, suffisant pour espérer boucler ce grand tour en moins de deux jours, tout en nous économisant pour la suite, sachant que nous portons tout de même une dizaine de kilos sur le dos chacun. Globalement, nous aurons tout au long de ce GR une allure de 500 à 600m de dénivelé positif par heure sur des pentes « classiques » (entre 15 et 20%), bien aidés par nos bâtons.

Depuis le col de Péas, vue en direction des Fonts de Cervières
Depuis le col de Péas, vue en direction des Fonts de Cervières

La descente est tout aussi agréable et ouverte, avec une belle vue sur le pic de Rochebrune. Nous croisons une nouvelle fois bon nombre de bovins, ainsi que des moutons et quelques chevaux par-ci par-là. Le joli hameau des Fonts nous est offert progressivement, et nous prenons le temps d’en détailler les principaux bâtiments, dont la petite Chapelle Notre-Dame des Neiges que Manon prend soin de bien prendre en photo (comme presque toutes les chapelles d’ailleurs). Juste avant d’arriver, nous croisons nos premiers randonneurs de la journée, assez jeunes, et les rassurons quant à leurs interrogations brûlantes : ils sont sur la bonne voie, en direction du col de Péas (au vu de leur matériel et de leurs visages, ils ont bivouaqué cette nuit et n’ont pas entièrement récupéré…nous ne ferons pas tellement plus les malins d’ici quelques heures)

Aux Fonts de Cervières, nous voici donc de retour « de l’autre côté » après notre passage par Briançon la veille, tout proches de l’Italie (à cinq kilomètres environ), non loin de Cervières qui est à 10km, et à 20km de Briançon, mais bien loin par voie routière des autres villages du Queyras (il faudrait repasser l’Izoard).

Sur ce secteur comme en plusieurs endroits par la suite, des variantes du GR58, ou même d’autres chemins promettant un lac, un col, une vue…nous font plutôt envie. Mais le chemin envisagé est déjà bien ambitieux, et nous ferons en sorte de ne jamais en dévier pour préserver le plus de chances possible d’y arriver d’ici au samedi soir !

Des Fonts de Cervières à la Monta : une pleine journée de magnifiques paysages

Après 20km et déjà un peu de dénivelé, nous nous sentons donc en pleine forme, en confiance pour continuer encore longtemps. Nous pourrions certainement un peu accélérer, mais il reste beaucoup à affronter encore. Ayant tous deux un peu d’expérience en matière de défaillances sur des épreuves longues (UT4M 2017, TDS 2018, UTB 2019…), soit un semblant de sagesse en émergence au fond de nos petites têtes, nous restons calmes et songeons à boire et manger régulièrement.

Nous attaquons directement la montée suivante, pour atteindre le col du Malrif, à proximité du pic du même nom. Objectif : atteindre 2800m d’altitude pour la première fois aujourd’hui, avec cette ascension d’environ 800m+.

Le début est un peu humide avec un ruisseau prenant parfois le dessus sur le sentier. Sans que cela ne soit trop difficile nous sommes tout de même bien contents d’aborder ce passage dans le sens de la montée. S’ouvre ensuite une nouvelle vallée très verte, emplie de marmottes, et surtout d’un calme absolu. Nous ne souffrons pas tellement du bruit sur les sentiers, mais ce passage en direction du Malrif est très particulier : aucun bruit de source humaine, aucune clarine, pas de vent ni ruisseau…nous n’entendons strictement rien. Je ne pensais pas employer l’expression un jour, mais nous ne sommes pas loin du « silence assourdissant », comme l’ont si bien formulé les grands esprits, Louis Aragon, Albert Camus, et plus récemment Jean-François Copé. Cette ambiance magique dure quelques dizaines de minutes, presque en continu.

Petite question, puisque nous sommes déjà bien avancés pendant la randonnée, et que le silence nous entoure : parlons-nous beaucoup entre nous, avec Manon, tout au long de notre progression ? Au final pas énormément, comme souvent en montagne et en effort les longs discours ne sont pas notre spécialité. Mais nous dialoguons tout de même très régulièrement, et en général quelques mots suffisent : Que c’est beau ! Magnifique ! On a bien choisi notre journée ! Ça va toujours tout bien ? Il faut manger ! Toujours en confiance ? On continue !

En chemin nous croisons deux duos qui semblent également parcourir tout ou partie du GR, au vu de leur matériel, et certainement en route depuis plusieurs jours, au vu de leurs traits marqués.

L’arrivée au Malrif est plus raide, et la végétation laisse place aux pierres. Manon imprime un bon rythme dans les derniers cent mètres d’ascension, sa spécialité lorsque les pourcentages sont sévères, et nous voilà vite en haut.

Depuis le Malrif, vue en direction des Fonts de Cervières
Depuis le Malrif, vue en direction des Fonts de Cervières

La vue y est magnifique, le lac du Grand Laus en contrebas et le ciel totalement dégagé, laissant voir les massifs au loin, sont splendides pour le premier grand panorama de la journée. Nous apercevons au loin le mont Viso, 3841m, point de repère mythique de ce tour du Queyras.

La crête rocheuse au niveau du Malrif
La crête rocheuse au niveau du Malrif
Depuis le Malrif, vue sur le lac du Grand Laus. Le Viso se pointe tout à gauche
Depuis le Malrif, vue sur le lac du Grand Laus. Le Viso se pointe tout à gauche

Il est midi, nous avons décidé d’être sérieux : après le petit kilomètre de descente menant aux rives du lac, nous sortons de quoi nous restaurer : pain (baguette ou pain de mie (un peu plus robustes que ceux que l’on consomme habituellement, par exemple au seigle : https://www.monoprix.fr/courses/pain-au-seigle-monoprix-gourmet-2494787-p, dans des marques ou compositions différentes)), fromage, jambon blanc ou cru, quelques cacahuètes. Nous étalons ce repas tout au long de la descente que nous terminons par quelques biscuits et une ou deux barres.

Restauration rapide
Restauration rapide

Tout au long de cette randonnée, nous ne nous arrêterons jamais pour manger, étant plutôt à l’aise pour le faire en marchant, aussi bien en montée qu’en descente, quitte à diminuer un peu le rythme. Pour ma part, cela m’est tout aussi, si ce n’est plus, agréable qu’un arrêt complet pour le repas. Plus généralement, nous ne nous arrêterons que trois fois lors de cette randonnée : deux fois pour laisser passer des troupeaux de moutons (5 minutes environ à chaque fois), et une pour dormir un peu – nous y reviendrons. Sans compter bien sûr toutes les petites pauses pour admirer le paysage, fouiller dans le sac ou satisfaire de naturels besoins.

Encore une fois nous croisons quelques randonneurs, journaliers ceux-ci, ainsi que deux courageux vététistes affrontant les pentes à la pédale, pourtant assez raides et parfois piégeuses.

La descente se prolonge jusqu’à Abriès, en passant par le hameau de Malrif, où nous profitons d’une fontaine improvisée pour refaire le niveau dans nos poches à eau.

De l’eau
De l’eau

Abriès est un très joli petit village, et nous apprécions d’y passer même si nous ne nous y attardons pas, concentrés sur notre parcours, avec des sacs encore bien garnis en termes de nourriture. Ce sera souvent le cas dans les quelques villages que nous traversons, aussi petits soient-ils : les indications du GR y sont un peu moins facilement décelables, aussi sortons-nous le topo pour être sûrs de bien nous y orienter.

Fin de la descente sur Abriès
Fin de la descente sur Abriès

S’annonce ensuite une montée de 1000m de dénivelé positif, pour atteindre les crêtes de Peyra Plata à partir de la Colette de Gilly. Il est 14 heures, il fait plutôt chaud, heureusement le début de la montée est bien abrité en forêt. Je connais un premier petit coup de mou, il en est de même pour Manon : nous ne décélérons pas vraiment, mais sommes un peu plus lourds et silencieux, la digestion fait son œuvre et nous marchons depuis déjà huit heures. Mais tout va toujours pour le mieux physiquement, aucun pépin mécanique, et moralement, toujours la même motivation. La question de la nuit et de la façon dont nous allons la passer naît petit à petit dans nos têtes, mais nous n’en parlons pas encore directement, il sera bien temps de l’aborder une fois ce bloc de montée/descente passé.

En cheminant vers la Colette de Gilly
En cheminant vers la Colette de Gilly

Le paysage sur la crête de Peyra Plata est également splendide, nous en profitons pendant un bon kilomètre en pente douce, et retrouvons le mont Viso, de plus près cette fois-ci.

Le vent est cependant très puissant sur ces crêtes et nous déstabilise un peu : nous avons une prise assez importante avec nos gros sacs. Heureusement nous sommes en pleine après-midi et le soleil donne franchement, nous n’avons pas à craindre le froid.

Le Viso, admiré depuis la crête
Le Viso, admiré depuis la crête

Une belle descente nous mène à 1700m d’altitude à La Monta, petit hameau du village de Ristolas, doté d’une belle petite chapelle, et qui comprend un des derniers gîtes encore actifs en cette fin de saison d’été. Le paysage offert à la descente nous donne une petite impression de déjà-vu, mais rien de plus normal : seuls quelques kilomètres par la route séparent La Monta du village d’Abriès, où nous étions quelques heures plus tôt !

J’en profite pour vous conseiller le site Envie de Queyras https://www.envie-de-queyras.com, qui m’apprend beaucoup a posteriori sur l’histoire, les particularités de tous les lieux que nous avons traversés un peu vite. Par exemple sur le village que nous traversons à ce stade, la page https://www.envie-de-queyras.com/guide/ristolas est bien enrichissante.

La nuit, le vent, jusqu’à Saint-Véran

Nous voilà donc au moment où il faut se poser quelques questions : il est presque 18h, nous avons fait environ 50km et 3000m de dénivelé positif. Devant nous, une des plus grosses ascensions du GR, deux cols, Vieux et Chamoussière, et surtout la nuit qui ne tardera plus. Trois solutions principales vont s’offrir à nous dans les prochaines heures : aller d’une traite jusqu’à Saint-Véran (à 25km environ) et essayer d’y passer la nuit ; aller jusqu’au refuge Agnel, situé entre les deux cols, pour s’y reposer un peu (le temps d’un repas, voire d’un bout de nuit) et reprendre le chemin ensuite ; ne pas s’arrêter du tout. Durant la montée, nous penchons progressivement en faveur d’un arrêt d’une heure environ au refuge Agnel, afin de prendre un repas tranquille (et chaud, si cela est possible) avant a priori de pousser jusqu’à Saint-Véran pour y dormir. Cette option est un peu délicate, car il n’est pas certain que nous trouvions la motivation de quitter ensuite le refuge en pleine nuit sans avoir dormi, mais elle semble nécessaire au vu de la fatigue qui commence à nous habiter.

Le début de la montée depuis La Monta est très agréable, il fait encore bien clair, la forêt et les montagnes prennent petit à petit les couleurs du crépuscule, et nous sommes excités à l’idée d’attaquer les plus hauts cols de notre randonnée (le col de Chamoussière atteint 2884m, il semble que ce soit le plus haut point emprunté par un GR), de nuit qui plus est. Pour ma part, la tombée de la nuit fait partie de ces moments que j’apprécie particulièrement en courant ou en marchant, porteuse d’une ambiance particulière et propice à une concentration sur ses propres sensations, sur chaque pas réalisé.

Nous croisons un important troupeau de moutons descendant des alpages, accompagnés de leur berger et de plusieurs patous. Nous en avions déjà croisé lors de l’ascension précédente, et nous arrêtons un moment pour les laisser passer, les bêtes prenant toute la place sur le chemin pendant plusieurs minutes, et les patous ayant à cœur de nous tenir à distance, après nous avoir un peu reniflés. Ayant toujours eu une certaine appréhension vis-à-vis des chiens, c’est une belle expérience que de croiser ceux-ci accompagnés de leurs bergers, qui nous rappellent l’absence fondamentale de danger face à ces beaux patous, et la bonne marche à suivre: les laisser s’approcher pour nous étudier et s’assurer que nous ne sommes pas de dangereuses bêtes sauvages, pourquoi pas leur parler un peu pour les aider à renforcer cette conviction, puis marcher le plus naturellement du monde sans comportement brusque : leurs aboiements ne sont que des avertissements, et non des marques de comportement agressif à venir.

Laissons passer !
Laissons passer !

La montée jusqu’au col Vieux se dégage petit à petit des forêts, et nous rencontrons deux lacs en chemin, alors que l’obscurité et le froid nous gagnent : les vestes, gants, bandeaux reviennent nous habiller, d’autant que le vent, dont nous étions bien protégés depuis les crêtes de Peyra Plata, réapparaît sur les hauteurs. Le lac de Foréant nous offre un dernier instant de sérénité avant d’attaquer les 100 derniers mètres de dénivelé puis la descente sur le refuge.

La nuit approche au lac de Foréant, avec elle le vent et sa fraîcheur
La nuit approche au lac de Foréant, avec elle le vent et sa fraîcheur

Descendre en direction de ce refuge Agnel est facile techniquement, mais beaucoup plus compliqué moralement : la nuit vient de tomber complètement, et le vent souffle très fort, sans interruption, sur toute la descente. Heureusement celle-ci est assez courte, 250m- environ, et nous apercevons parfois des lumières qui nous réchauffent à l’idée de bientôt trouver un refuge.

Nous retrouvons au bout de 30 minutes environ la route au bord de laquelle se trouve le refuge Agnel. Nous finissons après quelques hésitations par le localiser, mais aucune lumière n’en sort et il semble complètement inoccupé…

(Si vous projetez de lire le récit en plusieurs fois, c’est le bon moment pour faire une pause, il n’y aura pas d’autre effet de suspense aussi intense par la suite, on est au maximum de nos possibilités)

La cause en est simple : chaque année, ce refuge ferme ses portes aux alentours du 15 septembre, nous sommes le 27. D’autres ferment un peu plus tard (le 30 septembre par exemple), et nous avons cru à la lecture du topo qu’il en était de même pour Agnel : faux, erreur de lecture ! Le topo indique la bonne date de fermeture, nous avons simplement dû l’inverser dans nos petites têtes avec celle d’autres refuges ou gîtes (de La Monta par exemple). Nous avons tout de même espoir de nous y abriter temporairement et en faisons le tour complet, ce qui prend un certain temps étant donnée son imposante taille. L’exercice est cause de fluctuations entre espoir et désespoir, chaque angle du refuge renouvelant la possibilité de voir apparaître une porte nous ouvrant le chemin vers l’intérieur. Mais toutes sont condamnées par de solides volets. Le refuge Napoléon situé à proximité n’est pas de meilleur secours, désaffecté depuis plusieurs années.

Nos plans échafaudés progressivement changent donc du tout au tout : plus question de s’arrêter ici, sans abri, avec un vent qui nous glace complètement ! Ce changement de plan sera in fine positif pour notre avancée globale, mais sur le moment nous le vivons assez douloureusement, d’autant que nos cerveaux avaient petit à petit fabriqué l’image de ce repos et du repas chaud à venir. Nous nous contentons donc de nous abriter tant bien que mal (et plutôt mal) du vent pour grignoter un peu, et repartons en direction du col de Chamoussière. Celui-ci est assez court (3km, 400m+), et nous l’attaquons rapidement pour nous réchauffer.

Notre recherche et le petit arrêt pour se restaurer m’ayant refroidi, je tremble pas mal à la reprise (chose qui m’arrive régulièrement entre deux efforts entrecoupés d’une attente dans le froid, mais reste bénigne et disparaît au bout de quelques temps pour peu que je remette un peu d’intensité), et suis bien content de voir Manon courageuse ouvrir la voie dans cette montée, assez à découvert et au milieu des pierres. Elle reste néanmoins très facile techniquement, et sans pente trop exigeante. Etant à proximité d’une route, nous voyons occasionnellement une voiture y passer, expliquant les lumières que nous discernions une heure plus tôt et avions maladroitement attribuées au refuge. Nous devinons parfois l’ombre de quelque massif imposant, mais nos principales compagnes sont bien les étoiles, et toujours ce vent puissant, dont nous devinons qu’il nous laissera bientôt tranquilles : il faut vite basculer au col !

S’amorce ensuite une longue descente, dix bons kilomètres en direction de Saint-Véran, que nous abordons avec contentement : le plus dur est fait pour cette journée, et nous n’avons plus qu’à nous laisser glisser pendant quelques petites heures jusqu’à un repos bien mérité. Peu importe que nous n’ayons aucune idée de ce à quoi ressemble ce village, ni de l’endroit où nous pourrons nous poser, la sérénité est de mise.

Nous apercevons progressivement les lumières de Saint-Véran, que nous atteignons après une légère remontée. En y entrant nous repérons une fontaine et en profitons pour remplir nos réserves (ma poche était à sec depuis peu de temps, et le froid aux doigts associé à une certaine flemme m’empêchaient d’aller chercher dans mon sac la bouteille de secours…heureusement Manon est plus économe et m’a laissé boire un peu dans sa poche).

Ayant attaqué le village par une partie en hauteur, nous le descendons doucement et réfléchissons à de premières possibilités pour nous allonger : l’église, certainement trop froide, certains hangars, pas forcément très attrayants…

Il est minuit et par chance, un bar-restaurant est en train de fermer ses portes : nous saisissons l’opportunité pour discuter avec le responsable, dans l’espoir qu’il nous indique un bon coin dans le village, idéalement un peu abrité. Il semble assez étonné de nous voir arriver à cette heure-ci, et ne saisit pas tout de suite ce dans quoi nous sommes embarqués (« – Avez-vous un conseil pour que nous puissions passer la nuit dans le village ? – Ça dépend, où allez-vous demain ? – A Brunissard. – Brunissard…en passant par Château-Queyras ? – Euh non je ne crois pas, par le GR58 classique. – Mais c’est long non ? – Ça ira, environ 35km a priori. – Et vous venez d’où ? – Ben…Brunissard, par le GR58 aussi. On en est partis ce matin, et marché 75km. – …)

L’homme nous conseille finalement de descendre encore un peu la route, pour y trouver une aire de jeux nous permettant de nous installer, il insiste cependant sur le fait que sans tente cela lui semble difficile. Cela ne nous inquiète pas trop, bien couverts de la tête aux pieds et dans des sacs de couchage, nous devrions être plutôt bien, pour peu que nous soyons protégés du vent – il nous a trop épuisés ces dernières heures ! Nous avançons donc encore un peu, mais sommes un peu sceptiques en découvrant l’endroit, un peu trop exposé. Nous trouvons un abri temporaire accolé à une cabane, où nous nous asseyons pour manger un morceau, tout affamés que nous sommes. Cet abri est cependant assez inconfortable, aussi décidons-nous de rebrousser chemin et remonter un peu dans le village, jusqu’à un porche que nous avions repéré, devant une bibliothèque.

Le lieu n’est pas idéal, mais le besoin d’un peu de repos nous amène à l’adopter sans autre débat : il semble suffisant pour quelques heures, il vaut mieux s’arrêter tout de suite que de continuer à errer sans certitude de trouver mieux. Je change quelques-uns de mes habits pour dormir un peu plus confortablement, et nous nous installons aussi bien que possible. Le sol est en carrelage, un peu froid mais a priori supportable, et le vent nous laisse au moins un peu tranquille.

Petit abri pour courte nuit
Petit abri pour courte nuit

Une fois trouvées des positions à peu près douillettes (elles varieront beaucoup, adossés que nous serons contre un mur, glissant contre le carrelage, allongés sur ce même carrelage ou sur un petit ponton en bois, un peu plus exposé…), nous trouvons le sommeil pour des périodes plus ou moins longues. Je pense avoir réussi à dormir environ deux heures en continu, avec quelques compléments de 10-20 minutes. Il en est de même pour Manon, qui verra de plus passer pendant la nuit une personne juste devant nous, un peu étonnée de nous voir là juste à côté de son appartement, mais nous laissera bien tranquilles.

Vers 4 heures du matin je me réveille et n’arrive plus du tout à trouver le sommeil : le vent a un peu tourné et nous embête de nouveau ; surtout le carrelage nous semble de plus en plus glacé et inconfortable, nos sacs de couchage ne sont pas assez épais. Après quelques temps, nous décidons de repartir en mangeant un morceau. Il est environ 4h30, nous avons dû dormir environ 3h chacun, cela semble suffisant pour retourner sur les sentiers et boucler le tour dans la journée, d’autant que nous n’arriverons certainement pas à nous reposer de nouveau à Saint-Véran. De toutes façons nous cherchons un peu de difficulté dans ce grand tour, en ce sens cette nuit est assez idéale !

Ce n’est qu’après, en nous documentant plus en détails que nous découvrirons avoir passé la nuit dans la « plus haute commune d’Europe », lieu charmant, touristique et à l’histoire passionnante. Nous reviendrons, promis, mais aurons certainement toujours à sa vue une sensation toute différente, mais non moins belle, de celle d’autres personnes pour ce village !

Bien reposés (?) : de Saint-Véran à Ceillac

Hier nous avons marché pendant 18 heures environ, pour 75km et 4500m de dénivelé positif. Après environ trois heures de sommeil et un peu plus d’une heure de froid éveillés, nous voici partis pour la deuxième partie, une quarantaine de kilomètres et 3000m à grimper. C’est à peu près ce que nous pouvions espérer en partant hier matin, allons-y pour cette seconde journée !

Nous entamons donc une montée en direction du col des Estronques, 800m de dénivelé pour arriver à 2651m. Nous nous retournons de temps en temps pour saluer les lumières de Saint-Véran, contents d’avoir pu y trouver un peu de repos, mais encore plus ravis de nous remettre en action après ce bout de nuit.

Ma meilleure (et seule) image de Saint-Véran
Ma meilleure (et seule) image de Saint-Véran

Même s’il nous faut un peu de temps pour nous réchauffer et retrouver un rythme, cette ascension est assez facile. Je n’en ai plus beaucoup de souvenir, d’autant que nous étions toujours en pleine obscurité, jusqu’au col.

Suit alors une longue descente en direction de Ceillac, 1000m en contrebas. Le jour revient, et avec lui le moral, les jambes retrouvent presque la souplesse de la veille. Toujours pas de difficulté dans cette descente, de plus le balisage « GR » est doublé par celui d’une manifestation de VTT qui se tiendra dans les jours à venir : aucun risque de se perdre ! Il faut dire que le GR est extrêmement bien balisé, mais de petites appréhensions vont et viennent toujours dès que l’on a l’impression d’avoir manqué des marques, que l’on n’est plus certain à 100% (mais seulement à 98%…) d’être sur le bon chemin, d’autant que la couleur rouge est parfois peu visible pour des yeux légèrement daltoniens comme les miens, surtout en forêt. En trail ces appréhensions peuvent vite devenir un peu de stress, mais là nous avons de toutes façons tout le temps de nous tromper !

Cela tombe bien, nous arrivons sur Ceillac après 2-3 kilomètres de route, en ratant le chemin GR dans un petit hameau (le balisage VTT avait disparu et il devait manquer deux ou trois marques), nous rajoutant simplement quelques centaines de mètres. Nous profitons au passage de quelques cairns artistiques accompagnés de phrases invitant à la réflexion (et d’autres phrases cordiales à l’intention de ceux qui parfois ont la bonne idée de détruire ces petits édifices), le long du « chemin des cairns insolites »

Ceillac – Refuge de Furfande : un dernier gros morceau

Arriver à Ceillac est une étape importante : mine de rien, nous avons repris la marche depuis déjà trois heures, seuls sans croiser âme ou habitation, un peu de civilisation ne fait pas de mal. Nous n’osions trop y croire mais un de nos espoirs se trouve réalisé : il y a une boulangerie dans le village, et elle est déjà ouverte de si bon matin ! Même si nous avons encore largement de quoi manger sur nous, nous craquons pour pain au raisin (Manon), croissant (moi), et cookies (un chacun). Ce ne sont pas les meilleurs que nous ayons mangé dans notre vie, nutritivement ils ne sont pas vraiment nécessaires…mais nous les savourons !

Se balader dans Ceillac au petit matin est très sympa, nous profitons d’un peu de plat pour déguster ce petit-déjeuner, avec quelques compléments bien sûr (toujours les mêmes parmi, pain, jambon, fromage, biscuits, barres…), passons à côté de l’Eglise puis faisons face à notre pénultième montée, 600m de dénivelé pour aller chercher le col de Bramousse.

Au petit matin, nous éloignant de Ceillac
Au petit matin, nous éloignant de Ceillac

Je dois avouer avoir peu moins de souvenirs de cette montée que des autres, certainement un peu de lassitude ou fatigue suite à tout ce chemin déjà parcouru, et un esprit songeant de plus en plus à la fin du parcours… Me reviennent principalement les éternelles clarines que nous y croisons une fois de plus – les bovins sont une parfaite distraction pour divaguer en rando !

Montée vers le col de Bramousse
Montée vers le col de Bramousse

Notre rythme d’ascension reste malgré tout très bon, avec en moyenne un bon 500m+ par heure, sans que nous ayons à forcer particulièrement. Nous en étions assez convaincus depuis un bon moment, mais c’est désormais une certitude : sauf pépin mécanique, nous irons bien jusqu’au bout de ce grand tour ! Reste à savoir à quelle heure nous pourrons aller nous échouer dans le van et faire un gros repas assis confortablement.

La descente vers Bramousse est longue, très longue même : je croyais que nous ne descendions qu’à une altitude de 1500m, mais irons bien jusqu’à 1200m, soit 1000m de descente. Le début est toujours aussi beau, avec un passage au milieu des chalets de Bramousse, et un soleil qui semble bien décidé à nous accompagner jusqu’au bout de la rando, malgré quelques nuages un peu plus imposants que la veille.

En descendant vers Bramousse village
En descendant vers Bramousse village

Chose assez amusante : nous croisons un couple déjà rencontré hier, alors que nous descendions du lac du Grand Laus. Ils ont dû venir en voiture jusqu’aux environs de Bramousse pour faire une rando dans ce coin, et l’homme nous reconnaît après quelques secondes à se demander où il nous a déjà vus…nous nous saluons simplement, mais il a l’air bien étonné de nous voir aussi loin ce matin, certes un peu fatigués mais marchant toujours, à l’opposé de notre point de rencontre précédent !

Brunissard est derrière ce prochain col ! Mais il nous en reste encore un peu à descendre et monter !
Brunissard est derrière ce prochain col ! Mais il nous en reste encore un peu à descendre et monter !

La fin de la descente, après avoir passé le hameau de Bramousse, pour rejoindre la route en contrebas d’un ravin, est beaucoup plus raide et dans un environnement plus austère, au sein d’une forêt dense où le chemin serpente en virages serrés, caractéristique de ces altitudes moins élevées. Une traversée de départementale, et nous voilà face à un dernier beau morceau : la plus imposante montée pour la fin !

Le début de la remontée se tient dans un décor analogue aux derniers mètres de la descente précédente. C’est un peu monotone que de remonter ce ravin, et nous espérons retrouver bien vite les vastes espaces auxquels le Queyras nous a habitués ces trente dernières heures, et tous les paysages qui vont avec, d’autant que nous avons bien 1300m à monter, soit le maximum que nous ayons affronté en continu jusqu’à maintenant. Nous ne sommes pas débordants d’énergie à ce moment-là, et si nous savons que la montée ne nous posera en soi pas de vrai problème, nous savons qu’elle va s’écouler lentement, très lentement…

Cheminement dans la dernière ascension
Cheminement dans la dernière ascension

Manon semble faiblir un peu et je commence à l’attendre de temps en temps, progressivement plus longtemps et fréquemment…Etant encore en plutôt bonne forme, je suis peut-être un peu trop impatient de terminer ce GR : en revoyant notre vitesse d’ascension a posteriori, je m’aperçois qu’elle est encore excellente sur la grande majorité de la montée !

Petit à petit, le col de Furfande se rapproche, nous y arrivons, accompagnés de nos éternels acolytes de balade, chalets, vaches et splendides paysages.

Un éternel dilemme me touche : je suis plutôt très bien, mais l’estomac crie famine. Sachant que la fin de la rando approche, comment faut-il manger ? Trop manger, c’est prendre le risque de me détraquer un peu, alors que tout va si bien ; ne pas manger assez, c’est risquer une défaillance (peu probable puisque j’ai l’habitude d’être en manques de calories à l’effort, et que je sais assez bien manger le strict minimum pour le tenir jusqu’au bout, sans trop faiblir physiquement), mais surtout rester encore et toujours dans les mêmes travers, alors que je pourrais en profiter pour prendre un peu d’expérience et progresser en termes de sensations sur la question… On ne se refait pas (encore) : je me contente d’une barre, cela suffira bien pour terminer ! On mettra les progrès en termes alimentaires sur la liste de bonnes résolutions de l’année prochaine.

Enfin nous l’apercevons ce col, l’ultime sérieux adversaire du périple ! Une fois passé le refuge de Furfande, il ne reste plus qu’une montée en deux temps, le début de faible pourcentage, au milieu des vaches qui nous disputent le chemin, puis une dernière grimpette plus rude mais assez courte.

Vue sur cette dernière montée que nous venons de conquérir…
Vue sur cette dernière montée que nous venons de conquérir…

Nos sentiments une fois en haut sont principalement joie et soulagement. Ils demeurent quelque peu mitigés, du moins sont-ils teintés de prudence : le chemin nous propose encore une dizaine de kilomètres avant de retrouver le cher van de Manon, certes avant tout en descente, mais les deux-trois heures à prévoir pour les parcourir nous semblent encore énormes !

…et aperçu de la descente finale
…et aperçu de la descente finale

Retour à Brunissard : ça descend…mais encore 150m+ !

Toute une partie pour ce petit bout de parcours, alors qu’il reste 10km, et principalement de la descente ? La fatigue, l’approche de l’écurie dilatent le temps, aussi cette dernière partie nous a-t-elle semblée plus exigeante que ces chiffres pourraient le laisser penser.

Nous commençons donc à emprunter ce sentier coupant par endroits un chemin carrossable. La descente commence plutôt mollement, nous prenons tous deux la précaution de grignoter tout de même un peu, puis nous laissons glisser tranquillement. Dans mes souvenirs le paysage n’est pas aussi beau que précédemment sur ce passage, un peu encaissés que nous sommes entre deux massifs la vue y est moins ouverte. Il n’y a pas grand monde sur cette portion, et cela nous convient bien de rester loin de toute agitation, presque confortablement installés dans une lassitude qui désormais veut se contenter de marcher.

Il était bien présent sur le profil altimétrique, nous l’attendions, le voici : le dernier raidillon se profile devant nous, avec ses impressionnants cent mètres de dénivelé ! Après avoir progressé quelques temps dans une ambiance un peu plus désertique, sur un chemin qui laisse place à de petits pierriers nous apercevons Arvieux ; pour atteindre Brunissard il ne reste plus que ce petit bout de montée en forêt.

Nous l’attaquons donc, Manon toute armée de ses soupirs et d’un regard noir teinté de désespoir, où se reflète toute l’envie de voir ce dernier coup de cul disparaître immédiatement, plutôt que de l’attaquer avec toujours ce même sac sur ses épaules. Cette fois l’allure a bel et bien baissé mais peu importe, une vingtaine de minutes et nous voici de l’autre côté. Le soulagement n’est pas immédiat, puisque la vue ne se dégage pas tout de suite ; l’épaisse forêt nous empêche de voir le village dont nous rêvons depuis ce matin, notre destination pour parachever la virée.

Deux ou trois kilomètres en faux-plat descendant, et Brunissard se profile enfin, que nous n’avions plus aperçu depuis le début de matinée hier, en haut de notre premier col. Il ne reste ensuite plus qu’un kilomètre, en faut-plat montant et par la route celui-ci (celle qui mène au col de l’Izoard). A côté d’un bar (du seul bar ouvert certainement) apparaît un dilemme passager : arrêter la randonnée ici et s’y rafraîchir, ou pousser jusqu’au van ? Nous irons jusqu’au bout, l’appel de l’écurie est le plus fort, et nous aurons tout le temps de faire quelques menues emplettes ensuite à Briançon.

Enfin nous y sommes ! Le van est là, toujours solitaire sur ce parking. Nous pouvons finalement quitter sac et chaussures et nous assoir tout simplement, chose que nous n’avons faite que deux fois ces 35 dernières heures, pour ces singuliers repas et nuit à Saint-Véran. Fatigués certes, mais heureux tout simplement d’aborder un repos serein, encore un peu plus mérité que d’habitude, à partager et forger les souvenirs de cette balade.

Nous restons assis quelques temps sur ce parking, à sourire de ce que nous avons fait, songeant aux bons repas et à la récupération (une journée, complète, rien que ça) qui nous attend. Puis, après la douche sauvage sur le parking, reprend le périple, routier celui-ci vers le Monetier, le Chazelet, le Glandon, la Tournette, les Glières…autant d’occasions d’envisager encore de belles randos, quoique plus courtes !

Surtout, nous nous couchons dès 8 heures, dans un van dont le confort, qui m’apparaissait un peu sommaire une semaine plus tôt, est désormais précieux.

Un petit bilan

Un premier sentiment, le plus important : Merci Manon !

Merci de nous avoir pilotés dans ces Alpes pendant plus de deux semaines, de m’y avoir invité, d’avoir rendu possible ce périple. Merci de nous avoir guidés dans la nuit 🙂

Et bravo pour ce moral et cette force que nous avons partagés pour aller au bout du chemin avec une telle confiance, sans songer à abandonner à un seul moment.

Ce GR du Queyras était idéal pour vivre une telle expérience. Techniquement facile à aborder, et nous laissant toujours une porte de sortie en cas de coup dur. Même dans les moments (relativement) difficiles, nous étions en complète sécurité : le refuge Agnel est au bord d’une route où des voitures passaient de temps en temps ; nous avons dormi au milieu d’un village habité où nous aurions pu obtenir de l’aide sans problème ; les portables passaient régulièrement bien. De plus, en cas de simple fatigue, nous ne restions pas si loin que cela de Brunissard par la route (30min en voiture depuis Saint-Véran; 40min depuis Agnel, ce qui reste faisable à pied)

Le temps, le chemin ont fait que nous n’avions pas besoin de préparer, planifier quoi que ce soit sur notre randonnée : nous avancions, écoutions nos sensations, trouvions le premier endroit semblant à peu près convenir pour dormir…Dans d’autres circonstances (moins beau, plus long, plus isolé…) il faudra certainement planifier un peu plus pour être certains de ne manquer de rien et pouvoir se reposer davantage.

Sur le matériel c’était un sans-faute, nous n’avons manqué de rien. Une balade plus ambitieuse mériterait bien sur quelques ajouts : une tente, quelques vêtements en plus…

La Fenix 5 de Garmin est parfaite, supportant la recharge à l’effort et la pause prolongée en cours d’activité, il m’a suffi de la recharger (avec une petite batterie externe) le vendredi vers 20h pour tenir toute la randonnée.

Le Queyras est splendide, ses paysages et son ambiance nous ont portés et bercés, aidés à avancer pendant ces deux jours. Nous avons raté certains de ses plus beaux paysages, n’avons côtoyé le Viso que de nuit, sans réellement apprendre à le connaître donc…mais c’est ce qui fait aussi le charme de la randonnée nocturne et des découvertes improvisées. Nous y reviendrons un jour, bientôt, pour voir tout ce que nous avons manqué et profiter autrement des paysages, des villages, du chemin et de ses variantes.

Nous avons pu nous forger une expérience toute personnelle et dans un contexte particulier de lieux, de villages charmants comme Ceillac ou Saint-Véran, qui resteront pour nous associés à cette première découverte.

Il va sans dire que nous recommandons totalement le Queyras, de jour ou de nuit !

En termes de performance la satisfaction est grande également : 118km, 7600m+ en environ 35h (incluant en gros 5h d’arrêt), avec bien 10kg sur le dos chacun, cela renforce la confiance en nos possibilités. Même si ce GR58 a entraîné un peu de fatigue, il a bien contribué à notre grande forme sur le trail des Glières une semaine après !

Il reste beaucoup de choses à améliorer pour tenir la distance (ah, manger…), mais je sens que de longues randonnées sur ce format me conviennent totalement, et me sens capable, d’aller plus loin (pourquoi pas le double ? sur le moment je ne repoussais pas cette possibilité de monter à 200km ou plus sans arrêt supplémentaire, n’étant pas tellement fatigué et sentant que je pouvais accélérer le pas sans problème), surtout après quelques jours d’adaptation en montagne, nécessaires pour qui vit en plaine.

Dans tous les cas, parcourir 50 à 60km par jour avec 3000-4000m de dénivelé, et avec les sacs, semble abordable pour une randonnée au long cours, pour peu que les quelques heures de repos se déroulent dans un cadre plus avenant que celui que nous avons expérimenté.

NB : certains de mes souvenirs concernant les localités traversées, les pics, cols, roches, crêtes etc. admirés peuvent être un peu flous. J’ai fait de mon mieux pour vérifier l’absence d’erreur, mais n’hésitez pas à me dire si j’ai par inadvertance déplacé des montagnes.

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